Il y a quelques deux ou trois ans, je devais revoir tout au long d’une après-midi d’automne la jeune fille d’amis que nous aimons beaucoup. Elle avait beaucoup grandie et ce n’était plus la petite fille que nous avions connue à Paris. Elle avait joué récemment un rôle dans une série télévisée, "le tuteur" aux côtés de Roland Magdane dans lequel, ceux qui l’avaient vue, ne tarissaient pas d’éloge quand à son jeu naturel et vibrant.
Cette après-midi là, Chloé Stéfani marcha de longs moments à côté de moi, ce qui flatta mon ego de jeune vieillard, et nous avons bavardé de tout et de rien, de ses rêves de très jeune actrice, de son goût pour le cinéma et le théâtre, de son désir de bien faire. C’est cet aspect qui m’avait séduit en plus de sa beauté. Ce désir de faire et de très bien faire, ce rêve d’être admirée non pas pour elle-même mais pour la mise en valeur qu’elle souhaitait faire de ses personnages futurs.
Sa modestie n’était pas feinte et je la sentais toute vibrante de me convaincre qu’elle saurait un jour faire crever l’écran à ses personnages. Puis comme toutes les belles choses, elle s’en fut et j’oubliais un peu cette après-midi charmante au cours de laquelle je me suis surpris, à plusieurs reprises, à la rêver comme belle-fille.
Je reconnais que j’ai un peu la manie de rêver pour mes deux fils ce qui pourrait se concevoir de mieux comme épouse…et bien entendu je doute que mes choix correspondent un jour aux leurs…
Il y a quelques semaines j’apprenais par la rumeur publique, c'est-à-dire le téléphone arabe familiale que nous allions revoir Chloé à la télévision dans un téléfilm en quatre parties, « Le réveillon des bonnes ». Je craignais une niaiserie de plus qui aurait offert à cette jeune et modeste ambitieuse un petit strapontin... Que nenni! Un vrai téléfilm mettant en scène la fin inéluctable du 19ème siècle après la guerre de 14-18 que la lâcheté de l’Education Nationale française devrait corriger en 14-21 pour être historiquement respectueuse. Un bon téléfilm avec des efforts considérable au niveau des costumes, des intérieurs, des dialogues et des acteurs même si l'on doit déplorer quelques anachronismes flagrants.
Chloé brille soudain des feux incommensurables qu'exigent son rôle de petite bigote exaltée amoureuse du fils de sa maîtresse. Son jeu est à la mesure de ses paroles de cette après-midi d’automne. Même sa claudication est touchante et émouvante de naturel. Le personnage, tout empreint de contradictions, de doutes, de don de soi, est totalement maîtrisé et magnifiquement servi. Je dois dire que j’attends les épisodes suivants avec impatience pour guetter son apparition à l’écran parmi les autres acteurs pour la plupart excellents et fort bien choisis.
Ne boudez pas votre plaisir et une fois de plus je ne peux que me dire que la Camargue ou sa proximité m’a permis de conforter une rencontre qui ne devait pas laisser indifférent.
Regardez Chloé Stéfani sans indulgence, jaugez son jeu à l’aune de la difficulté d’interprétation et de la justesse des sentiments mis en valeur. Vous passerez un grand moment et dans quelques années vous pourrez dire avec fierté que vous avez assisté à la naissance d’une grande actrice. Vous vous serez fait un joli cadeau de Noël.
jeudi 13 décembre 2007
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