mercredi 6 mai 2009

Petite leçon de climatologie à l'usage des météorologues débutants

CAVALIERS ET SAINT DE GLACE

 

Les Cavaliers viennent à la fin Avril avec dans l’ordre : Saint George le 23, Saint Marc le 25, et Saint Eutrope le 30 et enfin Saint Jean-la-Croix le 3 Mai. Pour les anciens, c’était les encombrants Georges, Marquet, Troupet et Crozet. Pourquoi donc ? Parce qu’ils viennent en Lune Rousse qui souvent vide les bourses (des paysans) à la charnière des saisons avec fréquemment dans les régions plus septentrionales le retour d’un frimas tardif et des dernières gelées. La lune rousse était toujours redoutée dans les campagnes où l’on observait que « tant qu’elle n’était pas passée la récolte n’était pas assurée ».

Et puis viennent les Saints de Glace qui sont eux aussi « gresleurs, geleurs,et gasteurs de bourgeons ». Ils se suivent au calendrier au alentours des Rogations, fête mobile célébrée avant l’Ascension pour écarter le dernier sursaut hivernal. Ce sont Saint Mamert, Saint Pancrace et Saint Gervais les 11, 12 et 13 Mai (il arrive que la Saint Gervais soit décalée au 19 du mois)

Il est vrai que l’on n’est pas chiche avec les dates et les Saints que l’on honorait autrefois pour intercéder auprès des cieux. Dans le Biterrois  on invoquait Saint Aphrodise le 28 Avril  et en Provence Saint Afordise  pour faire pleuvoir. (Saint Afordise s’il vous plaît faite pleuvoir en Mai) Et l’on raconte qu’au Bausset on priait Saint Eutrope pour avoir également de la pluie ou bien, disait-on, « le sacristain lui donnera la fouettée ».

On ne connaissait pas la météo moderne mais les anciens étaient si sages qu’ils savaient parfaitement observer les signes du ciel. Beaucoup de leurs dictons méritent d’être retenus.

Saint Mamert le 11 Mai « attention le premier des saints de glace, souvent tu en garde la trace »

Saint Pancrace le 12 Mai « Saint Pancrace, Gervais et Boniface apportent souvent la glace »

Saint Gervais le 13 Mai « quand il pleut à la Saint Gervais, pour le blé, signe mauvais.

Saint Gervais quand il est beau tire Saint Médard de l’eau »

Saint Urbain le 25 Mai « quand la Saint Urbain est passée le vigneron est rassuré » « Mamert, Pancrace, Gervais sont les trois Saints de Glace mais Saint Urbain les tient tous dans sa main ».

« A la Saint George sème ton orge, à la Saint Marc c’est trop tard ».

« A la Saint Marc s’il tombe de l’eau il n’y aura pas de fruits à noyaux ».

Il n’y pas besoin d’expliquer la coïncidence d’une période de temps frais avec le passage  d’une zone de poussières cosmiques ou l’action des Saints. Ce sont seulement des dictons utiles pour se rappeler quand la période climatologique de gel se termine pour l’Europe au Nord de la Méditerranée.

Ainsi va le monde moderne oui,  mais toujours rattaché à ses racines.

                                                                                                Richard Mouret

Payaso!

LUNDI 27 AVRIL 2009

Pour vous dire que pendant cette récente féria d'Arles nous avons été à trois corridas. La première avec des Miura tous plus de 600kg, fidèles à leur réputation. Seul le jeune Julien Lescarret s'en est bien sorti en faisant des faenas brillantes face à des toros qui n'autorisent pas vraiment les expressions artistiques. Je ne parlerai pas de Padilla ni de Rafaelillio qui ont fait massacrer, par peur, leur toros par les picadors. Une honte!

Puis nous avons vu une corrida de rejon, à cheval. La presse taurine qui décidément en connaît de moins en moins s'évertue à vouloir faire de Diego Ventura le successeur de Pablo Hermoso de Mendoza. Pour essayer de faire du suspens elle en a écrit des kilogs.

Alors parlons des rejoneadors de cette journée. En entrée de jeux est arrivé Fermin Bohorques qui avait certes l'avantage de toréer les taureaux de son élevage. Mais que de grâce, que de suavité dans sa faena que de temple dans les passes élégantes qu'il a su mener de bout en bout. Un moment de pur régal ou jamais la peur ne l'a emporté sur l'art. Jamais son cheval n'a été touché par le taureau et les deux oreilles sont bien insuffisantes pour récompenser ce gentilhomme des arènes.

Ensuite est arrivé l'incomparable Pablo Hermoso de Mendoza. A part un peu de précipitation dans ses faenas, tout a été superbe! L'homme est incontournable et sa maîtrise tant de ses chevaux que des toros montrent aux aspirants la route qu'ils ont à faire pour égaler le maître.

Puis s'est présenté Diego Ventura. Une cavalerie exceptionnelle, des chevaux vraiment superbes mais que de conneries ne nous a-t-il pas infligé! Plusieurs fois son cheval a été touché par les toros, sa précipitation ressemblait à un brouillon de corrida et cerise sur le gateau il a, à deux reprises posé son chapeau entre les cornes du toro.

Président d'arène, je l'aurai immédiatement expulsé. Que de mépris pour le public qu'il prend pour une assemblée de crétins et la suite vous prouvera qu'il n'a pas tord, que de mépris pour le toro, que de bouffonneries dévalorisant l'art de la tauromachie équestre! Ce que les espagnols appellent un "payaso", un clown.

Eh bien il a eu deux fois les deux oreilles mais pour le dernier toro il a eu en plus la queue. Jamais de ma vie je n'ai été aussi frustré de ne pas avoir de voix pour pouvoir crier mon indignation. Payaso, payaso, payaso!

Enfin nous avons assisté à une corrida qui a été sauvée par Medhi Savalli. Ferrera n'a qu'une qualité c'est de savoir très bien mettre à mort ainsi que le Cid. Pour Medhi il a été excellent, imaginatif, et joyeux. Ses faenas sont puissantes et montrent sa parfaite connaissance des toros. Je prétends qu'il sait avant le toro que celui-ci va charger. Il donne à son art une sorte de gaieté qui transfigure cette tragédie. Le public, cette fois, ne s'y est pas trompé et il a terminé avec les deux oreilles parfaitement justifiées et une sortie en triomphe qui nous a fait autant plaisir à lui qu'à nous.

Il s'en passe des choses en Camargue....

 

 

Alors...le printemps...ca vient?

DIMANCHE 8 MARS 2009

pour vous dire de ce que le printemps se fait attendre. Alors Camargue vénérée quand nous rendras-tu cette douceur de l'air qui réchauffera nos carcasses tout encore engourdies des froidures d'un hiver qui ne nous a rien épargné? Je sais, tu fais des efforts, tu nous envoie des soleils magnifiques avec des lumières d'anthologie mais ce vent...ce vent glacial qui s'est frotté aux pentes enneigées de l'Aigoual et, plus haut, des mêmes des Alpes du Sud, tu ne pourrais pas le contenir? 

Ma fille attends un petit enfant et ce sera un garçon qui devrait naître en Juillet, ma jument lusitannienne attend un poulain qui devrait naître dans un mois, partout une herbe tendre tend à pousser mais se terre encore frileusement, tout respire le printemps! Les moineaux plus précoces me volent les poils qui tombent de mes chevaux pour en calfeutrer leurs nids, un peu partout on voit des couples d'oiseaux se former, se tester, pour une procréation à venir mais tout semble encore en attente forçée. Le vent, ce mistral tant célébré par des poêtes qui devaient en parler au coin du feu de bois de leur cheminée...Comme il est facile de célébrer le diable lorsqu'on est à l'abri du crucifix!

Moi, Camargue, je te supplie de m'envoyer cette chaleur qui me soigne, qui pénètre au plus tréfond de mon corps en réchauffant chaque cellule la rendant plus résistante au crabe qui tente de progresser. On parte de longue maladie pour parler pudiquement du crabe, mais je t'en supplie ne nous fais pas de trop longs prémices de printemps j'ai tellement envie de laisser mes fenêtres ouvertes.... 

 


 

Coup de fil!

MARDI 27 JANVIER 2009

 

pour vous dire que ce matin j'ai reçu un coup de téléphone comme je les redoute. Notre amie Nenou qui vient de rentrer de l'hôpital après une vilaine fracture de la jambe, appelait pour me prévenir que sa fille l'avait avertie que notre cheval Farouk, le petit arabe d'Isabelle était sorti du pré et s'était blessé à cause de son licol.

 Tout en m'habillant à toute vitesse pour me rendre sur place, je soliloquais. Oui je soliloque volontiers et ainsi je n'ai pas de contradicteur. Je me disais donc en moi-même que ce ne devait pas être Farouk car je ne laisse jamais les licols à mes chevaux au pré.

 En sortant de la maison pour aller chercher la voiture je suis saisi par une délicate odeur de printemps. Le ciel est déjà bleu, le soleil encore bas mais puissant, le sol toujours détrempé mais cela sent le printemps! Déjà? Fin Janvier? Oh si seulement après ces semaines de froidure puis de pluie cela pouvait être vrai...Il y a peu de chance mais en profiter ne serait-ce que quelques jours le temps de nous regonfler le moral.

En arrivant au pré mon coeur se serre, les chevaux sont bien dans le pré mais Rahil est devant la clôture avec une horrible blessure sur le chanfrein. Je m'approche, ouf! Ce n'est pas Rahil même s'il lui ressemble beaucoup. Nous faisons avec Isabelle deux ou trois tentatives pour l'attraper mais il fuit, en vrai Camargue!  Arrivent dans une voiture ses propriétaires. Le cheval fuit tout autant et les voila parti pour une course poursuite sur les chemins autour du Mas, à travers les champs que l'on prépare pour les asperges et l’ancienne plantation d'orge pour stabiliser les sols pendant l'hiver. Nous voyons au loin des voitures qui s'arrêtent. En descendent des gens qui, à leur tour, viennent prêter main forte pour attraper ce poulain de 18 mois manifestement croisé d'arabe compte tenu de sa taille et de son port de queue. Tout le monde court, manœuvre aussi finement que possible et finalement c'est le cheval qui prendra de lui même et fièrement la queue haut levée le chemin de son mas. 

Décidément ce matin, il y a un quelque chose de printanier dans l'air.

 

 

lundi 5 janvier 2009

La tour Carbonnière

La porte du diktat!

Pour vous dire qu'une fois de plus l'administration parisienne vient de prendre en Camargue une décision imbécile. A la sortie ou à l'entrée de la voie qui mène à Aigues Mortes depuis la nuit des temps, a été construit au 13ème siècle une tour pour contrôler ce qui n'était à l'époque que la seule voie d'accès à la ville.
La Tour Carbonnière!

Quel plaisir chaque fois que des amis ou des parents nous rendaient visite de les faire monter au sommet de cette tour  et de leur faire comprendre la genèse de la ville depuis l'abbaye de Psalmodie jusqu'au remparts. De plus on pouvait faire un tour d'horizon incroyable et leur montrer le mont Ventoux, la porte des Cévennes avec le rocher d'Anduze, le mont Lozère, puis la vallée de Nîmes, enfin les costières de Nîmes et  par grande visibilité les Baux de Provence

Gratuit, l'accès à cette tour vient d'être brutalement interdit. Sans préavis, sans affiche d'explication et munie d'une porte façon moyen-age faite pour durer. Comme le nombre de visiteurs ne justifiera jamais la présence d'un gardien elle sera définitivement interdite d'accès. 

Combien d'amoureux ont dormi sur la terrasse du sommet, combien de messages d'amour se sont échangés les yeux perdus dans l'immensité de la vue, combien de gens ont été heureux d'avoir gravi une centaine de marche...

 Alors messieurs des Bâtiments de France permettez-moi de vous dire que vous formez une belle brigade de cons patentés et que le DRAC de la région et votre ministre  en sont  les chefs absolus et incontestés.

J'aurai voulu que cette page reste poétique mais après tout la colère peut aussi  justifier que l'on fasse savoir que la poésie se meurt dès qu'elle est confrontée à l'administration. Les Aigues Mortais disent depuis toujours que lorsque l'on passe la tour on va au Nord. C'était de la poésie.