jeudi 13 décembre 2007

Chloé Stéfani, adorable petite bonne...

Il y a quelques deux ou trois ans, je devais revoir tout au long d’une après-midi d’automne la jeune fille d’amis que nous aimons beaucoup. Elle avait beaucoup grandie et ce n’était plus la petite fille que nous avions connue à Paris. Elle avait joué récemment un rôle dans une série télévisée, "le tuteur" aux côtés de Roland Magdane dans lequel, ceux qui l’avaient vue, ne tarissaient pas d’éloge quand à son jeu naturel et vibrant.

Cette après-midi là, Chloé Stéfani marcha de longs moments à côté de moi, ce qui flatta mon ego de jeune vieillard, et nous avons bavardé de tout et de rien, de ses rêves de très jeune actrice, de son goût pour le cinéma et le théâtre, de son désir de bien faire. C’est cet aspect qui m’avait séduit en plus de sa beauté. Ce désir de faire et de très bien faire, ce rêve d’être admirée non pas pour elle-même mais pour la mise en valeur qu’elle souhaitait faire de ses personnages futurs.

Sa modestie n’était pas feinte et je la sentais toute vibrante de me convaincre qu’elle saurait un jour faire crever l’écran à ses personnages. Puis comme toutes les belles choses, elle s’en fut et j’oubliais un peu cette après-midi charmante au cours de laquelle je me suis surpris, à plusieurs reprises, à la rêver comme belle-fille.
Je reconnais que j’ai un peu la manie de rêver pour mes deux fils ce qui pourrait se concevoir de mieux comme épouse…et bien entendu je doute que mes choix correspondent un jour aux leurs…

Il y a quelques semaines j’apprenais par la rumeur publique, c'est-à-dire le téléphone arabe familiale que nous allions revoir Chloé à la télévision dans un téléfilm en quatre parties, « Le réveillon des bonnes ». Je craignais une niaiserie de plus qui aurait offert à cette jeune et modeste ambitieuse un petit strapontin... Que nenni! Un vrai téléfilm mettant en scène la fin inéluctable du 19ème siècle après la guerre de 14-18 que la lâcheté de l’Education Nationale française devrait corriger en 14-21 pour être historiquement respectueuse. Un bon téléfilm avec des efforts considérable au niveau des costumes, des intérieurs, des dialogues et des acteurs même si l'on doit déplorer quelques anachronismes flagrants.

Chloé brille soudain des feux incommensurables qu'exigent son rôle de petite bigote exaltée amoureuse du fils de sa maîtresse. Son jeu est à la mesure de ses paroles de cette après-midi d’automne. Même sa claudication est touchante et émouvante de naturel. Le personnage, tout empreint de contradictions, de doutes, de don de soi, est totalement maîtrisé et magnifiquement servi. Je dois dire que j’attends les épisodes suivants avec impatience pour guetter son apparition à l’écran parmi les autres acteurs pour la plupart excellents et fort bien choisis.

Ne boudez pas votre plaisir et une fois de plus je ne peux que me dire que la Camargue ou sa proximité m’a permis de conforter une rencontre qui ne devait pas laisser indifférent.
Regardez Chloé Stéfani sans indulgence, jaugez son jeu à l’aune de la difficulté d’interprétation et de la justesse des sentiments mis en valeur. Vous passerez un grand moment et dans quelques années vous pourrez dire avec fierté que vous avez assisté à la naissance d’une grande actrice. Vous vous serez fait un joli cadeau de Noël.

mercredi 21 novembre 2007

Robin MEZY


Le masque de fer (2007) 26cm hors tout




l'Iguane (2007) 1m20 hors tout



Combat d’étalons (2005) 80 cm de haut




Robin MEZY
La maîtrise absolue de l’évocation des formes.


Je voudrais vous parler de Robin MEZY qui est un sculpteur français, jeune, beau, vivant dans les terres secrètes de Camargue dans le Sud de la France près de la jolie et antique ville d’Aigues Mortes.
Il a hérité de sa mère, autrefois institutrice, une rigueur de conception et une justesse d’appréciation des formes et des volumes. De son père, il a hérité une volonté de « faire » à la perfection, de son entourage familial et de la nature il a hérité une farouche gaieté de vivre. Tout cela a généré beaucoup de talents.

Sa vision des formes est instantanée et, quand il saisit des baguettes de métal pour les mettre en forme, les ajuster, les assembler par soudure, il n’y a nulle hésitation, il n’y a nulle erreur. Il travaille vite avec une frénésie de terminer vite et bien. Il voit dans les morceaux épars exactement celui dont il a besoin pour telle ou telle courbes comme s’il avait en tête les dessins d’un « éclaté » de l’objet qu’il veut produire.

Robin MEZY n’a fait qu’une seule exposition, il y a quelques années à Aigues Mortes, mais les pièces se sont vendues si vite et continuent de se vendre si vite qu’il n’a jamais assez de production d’avance pour faire une exposition. La plupart de ses œuvres, quelles soient de pierre ou de métal ou de bois, ont été achetées par des collectionneurs étrangers, Américains pour la plupart, mais aussi Suisse, Allemands et Anglais.
Quand par hasard une de ses œuvres est à vendre, ne la laissez pas passer, en dehors de vous faire plaisir ce qui est la chose la plus importante, vous ferez un excellent investissement.

Il y a quelques temps j’ai pu le voir travailler et prendre deux clichés de pièces qui m’ont fasciné par la justesse du mouvement (l’iguane) ou la justesse de la tête.

Je les publie pour que ce modeste soit plus connu et parce que je sais que comme tous les vrais artistes il ne fera rien pour se faire connaître. Comme pour Sophie Soulas, la Camargue génère manifestement des talents en son sein. Il y a de quoi, quand on vit dans cet environnement il ne peut y avoir que du beau. A bientôt....
























samedi 20 octobre 2007

banc d'oiseaux

pour vous dire que nous trottions tranquillement dans le soleil et dans le vent sur la digue qui longe le canal d’Aigues Mortes au Grau du Roi. Farouk et Otero étaient gais, tout heureux d’être enfin sortis de leur univers habituel. Le sentier doux aux pieds, nos compagnes, deux jeunes femmes charmantes même si, l’une était un peu bavarde et « blaguait » sans arrêt.

Soudain sur notre droite, peut–être à cent mètres en avant de nous, s’élève de la vigne aux couleurs d’automne un crécerelle, petit, puissant, coloré. Il monte vite presque sans battre des ailes face au mistral qui le soulève. Il monte avec une détermination qui interpelle comme s’il était en route pour un rendez-vous impératif. Puis sous lui, décolle des mêmes vignes, une nuée immense d’étourneaux.

Immense, énorme, comme un nuage, comme un banc d’alevins que l’on voit dans les films sous-marins. C’est d’ailleurs le même mouvement que le banc de poissons avec son ressac, ses changements brusques de direction, ses hésitations puis ses départs irrépressibles. Très vite nous comprenons l’enjeu. Le crécerelle voit son dîner assuré et en surplombant le vol d’étourneaux il va pouvoir choisir sa proie et fondre dessus, sa vitesse étant sa supériorité. Mais le banc d’étourneaux voit la menace et alors dessinant dans le ciel des formes d’animaux effrayants qui n’existent pas, il va tournoyer en faisant face, en se dirigeant vers le faucon qui s’élève plus haut pour échapper au monstre. Le vol énorme s’étire à son tour en montant vers le ciel pour rester à la hauteur du prédateur. Le ballet est tout simplement inouï. Qui pourrait dessiner la mouvante masse que fait ce vol en défense ? Le simulacre de combat dure encore quelques secondes et puis l’on voit se fondre dans le ciel le petit crécerelle qui, à tire d’aile fuit le monstre ou les monstres inconnus qui se sont matérialisés sous nos yeux écarquillés.


Le sol est doux aux pieds des chevaux, nos compagnes, deux jeunes femmes charmantes même si l’une … s’est tue, la promenade continue dans le vent qui tempère l’ardeur du soleil. Nous avons un peu faim…comme le crécerelle

mardi 16 octobre 2007

Sophie Soulas

Pour vous dire que jeudi 18 Octobre à 18h30 sera inaugurée, à la Médiathèque de Montpellier, l’exposition des sculptures de Sophie Soulas….Vous ne connaissez pas Sophie Soulas ?...étrange car voilà de nombreuses années qu’elle rayonne de Montpellier à Gatuzières dans les Cévennes et jusqu’à La Martinique.

Jolie doudou, depuis toute petite, elle a toujours rayonné sur les photos, dans les films de famille, dans les réunions d’amis. Son sourire, sa silhouette, son rire éclatant, son teint et cette capacité à être élégante avec un rien et une fleur dans les cheveux…Le jour de mon mariage cette cousine préférée de ma femme éclipsait tout le monde sur les photos. Il n’y a pas d’amis, de relations ou de membres de la famille qui ne me demandent, en voyant les photos : « mais qui est cette jeune femme ? » Il est vrai qu’on ne voit qu’elle !

Les années passent et ses talents se sont affirmés. Ses patchworks qu’elle assemble avec un goût très sûr font pâlir de jalousie les vieilles pionnières du Wyoming, de l’Arkansas ou du Wisconsin. Ses petits tableaux parsèment nombre de foyers amis de petites taches joyeuses qui font pétiller une décoration comme les bulles le champagne.

Et puis il y a ses sculptures. Depuis quelques années elle a osé plonger ses mains dans la glaise et donner vie à tous ces petits riens qui hantent l’individu et en font sa personnalité.
Personnalité, voilà le mot qui caractérise son art. Les débuts furent peut-être un peu académiques et l’on sentait encore un peu trop la patte du professeur qui voulait lisser les mouvements entrepris. Mais l’élégance de Sophie a su reprendre la main et ses sculptures se sont mises à vivre, à représenter la vie, le mouvement, l’attente, l’amour…Sensualité pour ces mains qui montrent, s’ouvrent, se tendent. Sensualité pour ces hanches souples, parfois un peu épaisses, mais n’habitent-elles pas toute la vie après tout ?... Sensualité ces épaules qui portent joies, tristesses, attentes, amour ou angoisses.

Hymne à la vie ces formes qui se tordent en courbes d’un naturel saisissant. Et quand parfois un personnage paraît figé, il y a là, comme dans l’art d’Ousmane Sow une puissance qui symbolise la force de la vie, j’ai envie de dire qui symbolise la "sur vie".

Plongez dans l’univers de Sophie Soulas, vous en ressortirez plus fort, régénéré, réconcilié avec la vie même si elle vous a fait souffrir. Il y a une source de vie dans l’art de cette femme, allez vite vous y désaltérer.

jeudi 27 septembre 2007

pour vous dire qu'aujourd'hui

« Oriental », l’étalon barbe arrive au grand galop en hennissant. Il m’a vu de loin, a paru hésiter, puis quand il m’a vu le saluer d’un bras haut levé il est à son tour, avec brio, venu au salut !

Autre lieu, un peu plus tard, « Elégante », la jument cob, me voit arriver et me diriger vers Robin. Elle entend alors et surtout reconnaît ma voix saluer l’ami. A grandes enjambées souples et puissantes elle s’approche et vient loger son immense tête contre mon épaule. Si doux salut !

Au loin, dans une brume diffuse de fin de jour, la troupe des autres chevaux parmi lesquels
« Otero » le criollo et « Farouk » le petit arabe, continue à brouter sans hâte.

Calme doux au bord du petit lac.

« Elégante » est repartie et je vois, au loin, sa haute silhouette solitaire et majestueuse qui regagne sa querencia de nuit, le lieu qu’elle s’est choisi pour passer une nuit à savourer des herbes d’elle seule connues, loin de la troupe des excités aux réactions plus imprévisibles.

C’est bon de revenir après quelques jours d’absence et de retrouver mes complices qui ensoleillent ma vie et apaisent mes angoisses. J’ai si peur de la mort et elle semble si loin de ces lieux, de ces chevaux, de ces gens.

Isabelle est au loin, à Naples, dans le sud de l’Italie et m’envoie un message pour me dire son enchantement face à cette baie au pied d’un cirque de volcans. Ce sera bon de la retrouver à son retour et de l’entendre me raconter les milles petits riens qui font d’un voyage une succession d’instants magiques. Elle me dira Pompéi dont j’ai toujours rêvé et que je verrai ainsi enfin.

La vie se construit et consolide autour de moi un rempart de plus en plus solide. Eviter la brèche …surveiller les fissures…colmater les trous.

Demain il fera beau et la température remontera. J’ai prévenu "Oriental" et nous travaillerons ensemble. Je pourrai alors me repaître à loisir de sa souplesse de mouvement, de la puissance de sa foulée, de sa joie d’apprendre et de bien faire. Nous allons commencer à préparer sa présentation au concours d’agrément des étalons du haras d’Uzès. Ce sera une étape importante, la justification d’efforts de notre part à tous les deux et le début de sa gloire, en tous cas je lui souhaite. Notre monde équestre retrouve peu à peu le respect pour les étalons et retourne doucement au plaisir de les monter.

Demain il fera beau et l’après-midi j’irai à Millau, au-delà du plateau du Larzac, rencontrer un homme dont on m’a dit beaucoup de bien.

Demain il fera beau et dans la lumière retrouvée après la grisaille parisienne, j’écrirai peut-être une nouvelle page heureuse d’une vie que j’aime tant.

lundi 24 septembre 2007


pour vous envoyer ce petit bouquet de saladelles.


En cette saison, sur les terres à haute salinité, pousse cette délicate fleur, d’un bleu améthyste particulièrement beau, mais si aérienne que si, on ne la regarde pas de près, on passe tout simplement à côté d’une merveille.
En Camargue, les gens y sont si attachés, qu’ils en cueillent quelques brins, les nouent avec un lien de rafia et les offrent à ceux qu’ils aiment pour que l’hiver soit clément.
Il y a plusieurs recettes pour garder ce bleu le plus longtemps possible. La meilleure semble être de laisser sécher le bouquet une dizaine de jours dans un endroit sombre. Comme pour le muguet, un trop gros bouquet n’a plus de sens, mais le petit brin de saladelle qui brille au coin d’un tableau , d’une photo encadrée ou dans un vase bibelot égaye tout l’hiver en rappelant les douces chaleurs de l’automne.
Hier et aujourd’hui avec quelques amis atteleurs, nous avons sillonné les chemins les moins fréquentés du mas de la Bélugue. En surveillant du coin de l’œil quelques vaches qui n’ont rien de paisible et leurs veaux, futurs toros bravos, qui n’ont déjà peur de rien, nous avons cheminé au pas de nos chevaux, confortablement installés dans nos voitures, et nous nous sommes rempli les yeux de spectacles qu’aucun milliardaire ne pourrait s’offrir sauf à savoir se faire admettre par notre petit groupe.
Le déjeuner sans fin, informel, sans ordre ni protocole, dans un luxe de couleur, de soleil, d’ombres fraîches sous les tamaris, est à la fois drôle, pittoresque et anarchique. Chacun et sa chacune ont fait assaut d’imagination pour faire un plat simple (car il ne s’agit pas faire chichi-pompon) mais qui se doit d’être délicieux. Ainsi donc passent les salades de pâtes ou de pomme de terre toutes meilleures les unes que les autres, repassent des charcuteries dont on tait l’origine mais dont on cite la ville comme étant la meilleure pour la spécialité. Ainsi je me suis régalé d’un saucisson très large non pas roulé dans le poivre mais dans les herbes de provence. Une sublimité. S’avalent aussi quelques quiches toutes plus imaginatives les unes que les autres. Et chacun de s’extasier en disant d’un air gourmand que c’est délicieux et en redemandant un peu. D’un commun accord nous décidons de ne plus dire que c’est délicieux mais de dénoncer ce qui ne l’est pas. Silence absolu et cela fait rire comme les vins que chacun a apportés pour les faire découvrir aux autres. C’est le Chardonnay de Beauvoisin en compétition avec le Syrah rouge de Gallician, sans parler du Rosé de Vauvert qui met tout le monde d’accord.
Poupette raconte des histoires de l’ancien temps quand elle était caballera ou marin pêcheur. Roger la blague en lui disant des horreurs qui la font sourire comme une adolescente. Ces couples s’aiment quelque soit leur âge et sont heureux d’être ensemble, générations et occupations confondues, réunis autour du bien vivre à peu de frais et partageant les joies de l’attelage.
Je n’ai pas fait un petit pénéqué mais un gros siestou à l’ombre des tamaris. Je me suis réveillé une ou deux fois pour constater que tout le monde dormait y compris les chevaux.
Vers quinze heures il a été décidé de repartir. En prenant de faux airs de travailleurs épuisés chacun « habille » son cheval ou son âne, puis le fait entrer dans les bras de la voiture. On se motive de la voix et du geste. C’est la fin du déjeuner sur l’herbe. On repart, tranquillement, doucement, tranquillou, à bain doux. Nous suivons un ancien bras du Rhône devenu paisible grosse roubine dans laquelle prospèrent ibis, hérons, cygnes et des milliers de poissons. Nous suivons ce petit sentier le long du Pèbre qui sent bon le thym et la farigoulette. (Prendre l’accent de Raimu pour donner du poids à ces lignes ou l’accent de Cantonna pour lui donner une légèreté grave et romantique) Ma femme, qui est souvent poéte à ses heures, est devenue amoureuse d’un immense figuier qui trône au bord de ce petit chemin. Chaque fois que nous passons, elle le couve des yeux comme on le ferait lors de retrouvailles avec un ancien amour, s’extasie de ces multiples troncs puissants, majestueux, solidement implantés dans un sol pauvre. Elle sait qu’il a nourri des générations d’étourneaux, de grives, de merlettes, que dans ses branches ont trouvé refuge des milliard d’insectes qui ont fait les délices des fauvettes, des petits ibis pique-bœuf, des guêpiers qui logent dans les galeries troglodytes qu’ils creusent le long des rives du Pèbre et d’innombrables passereaux tous commensaux de ce géant aux feuilles de cuir vert brillant. Le cheminement sera tranquille jusqu’au Mas. On détellera et on déshabillera les chevaux consciencieusement, en faisant attention de ne rien oublier, de ne rien emporter qui appartienne à tel ou tel et qui a été mis en commun pendant quelques heures, de ne rien laisse traîner qui ferait dire à d’autres que des goulamasses sont passés par là. Il y a beaucoup d’éducation, de respect, de bonnes manières entre tous ces gens. On se quitte en s’embrassant trois fois. On se félicite de cette bonne fin de semaine, on tente une dernière blague taquine et on se quitte avec la certitude que l’on se reverra très vite pour partager de nouveaux instants aussi magiques.

jeudi 20 septembre 2007

Pour vous dire que la barrière est ouverte et,

que derrière, il y a un long chemin herbeux qui semble ne jamais devoir finir. Il y a donc cette irrépressible envie de pousser le cheval dans ce chemin pour aller…jusqu’au bout…du marais ? Etre soudain bloqué par une roubine à la soi-disant nécessité agricole ? Ou par une grille lourdement cadenassée derrière laquelle on voit le joli sentier herbeux continuer indéfiniment et avec une certaine insolence…
La jument est un peu fatiguée. Voilà plus d’une heure et demie que nous sommes partis. La voiture est certes légère pour notre « Elégante » qui toise son 1m70 et pèse quelques 700 kilogs. Mais elle manque un peu de forme. Elle n’a pas travaillé régulièrement depuis plusieurs mois et nous venons de faire quelques 5 kilomètres de goudron et d’asphalte ce qui n’est pas très confortable pour ses pieds nouvellement chaussés de fers neufs.
Nous l’avons ramené dans l’univers magique des Mézy, tout près d’Aigues Mortes et désormais tous les matins je peux lui prodiguer tous les petits soins dont un cheval a besoin pour être et rester en bon état. Elle est heureuse de la compagnie de deux ânesses qu’elle a adoptées compte tenu de l’attitude peu amène des autres chevaux présents sur le site.
Elle est heureuse, on le voit chaque jour. Elle vient spontanément chercher le contact et semble toute enjouée chaque fois que nous l’attelons.
Voilà pourquoi nous ne prendrons pas ce joli chemin à l’issue hypothétique…
Nous continuons entre les vignes et le canal, sur un communal heureusement préservé qui mène au fort de Pecais que vous ne verrez sans doute jamais car les salins du Midi l’ont abusivement isolé par d’énormes fossés impossible à franchir. Encore un morceau de patrimoine, déclaré monument historique que nous ne verrons plus. C’est comme le petit morceau de paradis qui doit se cacher au fin fond de ce chemin…personne ne le verra.

Elégante trotte maintenant gaiement sur le chemin de terre battue et adoucie par les fortes pluies d’avant-hier soir. Un son grave et doux qui n’effraye nullement les animaux du marais. Un ragondin nage à nos côtés pressé vers quelque destination de lui seul connu tandis qu’un peu plus loin le plus grand héron blanc que j’ai jamais vu guette un poisson dans un trou d’eau peu profond. Le soleil éclaire tout cela d’une lumière rendue encore plus pure par le vent de nord ouest qui souffle doucement. L’heure avance et nous ne voudrions pas rentrer à la nuit.
Elégante exécute un demie tour dans un mouchoir de poche digne d’une épreuve de maniabilité de haut niveau et nous repartons vers Aigues Mortes. A refaire un peu plus tôt dans la journée ou peut-être en emportant un pique nique que nous prendrons dans cette immense plaine qui longe l’étang de l’Arameau. Nous y reviendrons quand les eaux feront de cette plaine un no man’s land dans lequel on ne sait plus où est la mer, l’étang, et où l’on suit le chemin en se référant aux poteaux téléphoniques qui deviennent le pointillé aérien d’une carte incertaine d'un territoire sans cesse renouvelé.
Le soleil s’est couché alors que nous finissons le dernier kilomètre. Déchirement du ciel entre un reste de bleu pur, une touche de bleu nuit qui s’élargit doucement et un dernier cri de rouge sang d’un soleil qui part réchauffer d’autre contrées.

Il fait frais maintenant. Dételer ainsi à la nuit tombante est un peu triste. La jument plonge avec reconnaissance son nez dans un seau de carottes bien méritées, puis après quelques bouchées gourmandes s’évanouit sans se retourner dans la nuit qui est maintenant tombée.
Bonne nuit Elégante, merci pour ces heures de magie que nous avons pu savourer sur le siège de la voiture. A demain pour de nouveaux soins et/ou de nouvelles aventures.

lundi 17 septembre 2007

pour vous parler de la corrida du 16 septembre à Nimes.

Temporada, paseo, sorteo, afficion, que des mots…Il est 18h24, la chaleur est forte malgré la brise, le soleil décline triomphalement et teinte d’or les pierres des arènes de Nîmes. La Musique entame, en sourdine, une musique élégante, pour une fois, légère, sophistiquée comme si elle ne voulait pas gêner mais plutôt magnifier la rencontre. Jose Tomas avance à tous petits pas vers Ingles, magnifique taureau qui lui avance aussi vers Jose Tomas à tous petits pas. Ils sont au même rythme, syncrones, étranges, envoûtants...

Il y a dans ce face à face, dans cette rencontre inévitable du troisième tercio, celui de la muleta, une infinie grandeur. Le maestro et le toro n’en sont plus aux techniques d’approche ou de recherche. Ils se connaissent, ils se sont jaugés, ils savent ce que vaut l’autre et ils ont tous les deux l’intention de montrer qu’ils vont triompher. Il y a dans ces secondes qui précèdent le début d’un ballet de tragédie, toute l’intensité et la beauté de la course de taureau, il y a là, la quintessence de la corrida.

Nous sommes tout à fait en haut des arènes sur le mur d’enceinte du cirque romain ; « No hay billetes » Nous les avons achetés à un revendeur à la sauvette. J’avais peur en étant si haut, si loin, d’être privé de l’émotion… Malgré moi, j’ai les yeux embués, deux êtres encore vivants marchent l’un vers l’autre au son d’une musique à peine murmurée par des musiciens eux aussi inspirés, puis des larmes coulent de mes yeux car tout est si intense que malgré l’issue fatale pour l’un des deux protagonistes, c’est un hymne à la vie, au courage, à la vérité, à la sincérité qui se matérialise sur le sable chaud de la plazza.

Certains pleurent en écoutant Dinu Lipatti jouer Chopin, d’autres en regardant une aquarelle de Marie Laurencin, moi je pleure en regardant un instant de vie se mouvoir au ralenti, magnifié par la couleur, la musique et l’absolue sincérité des acteurs.

Quelle après-midi ! Denis Loré à son premier taureau a été un excellent «ouvrier» faisant bien son travail et même avec une certaine inspiration.
Puis le jeune Joselito Adame a enthousiasmé les arènes avec des passes lentes, étonnantes de maturité chez ce jeune homme de dix-huit ans qui a pris son alternative, il y a à peine une semaine, en Arles. Puis c’est l’immense Jose Tomas qui avec ce premier taureau va faire une faena de toute beauté, comme sculptée dans la matière du temps et de l’espace.

Les deuxièmes taureaux ne seront pas aussi bons sauf pour Denis Loré qui fera un final éblouissant ponctué par une épée indiscutable. Il arrête après dix sept ans de carrière. Il fait couper sa colleta et sort sur les épaules d’une foule d’amis tout joyeux de cette issue heureuse. C’est aussi un moment d’intense émotion et l’on ressent le soulagement du torero qui n’aura plus jamais à avoir peur, les dimanches, en mettant son costume de lumière.

Jose Tomas avec son deuxième taureau va encore ralentir le rythme et ses passes seront si lentes, si parfaites, si épurées que le taureau par, son peu d’ardeur à charger les rendra un peu ennuyeuses. La perfection a besoin d'un peu de brio.

Enfin en lutin joyeux reviendra Joselito Adame qui réveillera les arènes en posant lui-même les banderilles, puis les mettra debout en commençant sa faena de muleta avec brio, imagination et fantaisie. De longues minutes d’applaudissements scandant «torero, torero, torero» viendront saluer une épée foudroyante digne des maestros les plus chevronnés.

Huit heures et quart, Isabelle et moi commençons notre longue descente vers la sortie. Il n’y a rien à dire. Nous venons d’assister à des moments passions, savourons les en silence et marchons, main dans la main, vers la voiture qui va nous ramener vers notre querencia d’Aigues Mortes.

pour vous dire que nous sommes encore plus intégrés.

Dimanche 16 Septembre nous sommes invités à La Belugue. C'est un peu comme si un parisien était invité à l'Elysée...
Françoise Yonnet nous a fait savoir par Poupette que nous étions les bienvenus au déjeuner du Dimanche qui regroupe une trentaine de médecin qui viennent conclure un séminaire par corrida et repas visite à la Belugue. C'est, en Camargue, le haut lieu de l'élevage des toros bravos sous l'égide d'Hubert et Françoise Yonnet.
Il est question que je monte "en pays" pour aider les gardians à pousser les taureaux vers le char des visiteurs. Honneur supplémentaire qui me pousse un peu plus vers le statut envié "d'amateur".
La visite de la manade est annulée dans sa forme initiale, et un seul cavalier suffira à pousser les jeunes vaches vers le char...dommage.

Mais divine surprise. Françoise me dit, "nous déjeunerons dans la cuisine avec le personnel, les gardians etc..."

Et ça alors, ce n'est pas de l'intégration?

vendredi 14 septembre 2007

Intégrés

L’asphalte toujours brûlant déroule sa monotone grisaille sous le soleil de Camargue encore très chaud bien que déclinant de cette fin d’après-midi.
Nous avons été livrer du foin, chez Poupette, pour notre jument d’attelage qu’elle veut bien garder dans un pré attenant à sa maison. 15 ballots de 30 kg qu’il a fallu décharger d’une palette, mettre une par une dans le camion-sellerie, conduire de Saint Laurent d’Aigouze à Salins de Giraud, puis transférer dans le vieux HY de Poupette qui lui sert de grenier à foin. Le tout s’est fait en pleine chaleur, à midi, mais que faire? Quand c’est l’heure c’est l’heure et les chevaux n’aiment pas attendre leurs repas.

Si le bruit du moteur ne nous tenait pas éveillés je crois qu’Isa et moi pourrions somnoler sans vergogne. 80 km/heure c’est terriblement entêtant sur des routes aussi lisses et sur un parcours connu jusque dans ses moindres ornières.

Soudain, dans les prés longeant la route deux cavaliers, plutôt deux gardians sur leurs chevaux camargue. Ils trottent côte à côte à cette allure si particulière du camargue que l’on nomme entre deux. A notre approche j’en vois un qui nous fait de grands signes. C’est Christophe ! Il nous a reconnus. Par les portes coulissantes ouvertes du J7 nous répondons à son salut avec gaieté.

Et soudain Isa et moi, nous nous sentons heureux. Isa se tourne vers moi et dit en riant :

-« Alors ça!... Etre reconnus et salués par des gardians si ce n’est pas de l’intégration… »

Lundi 13 Août
sur la route de Salins de Giraud

Meilleurs voeux

Chers patients associés, oublions quelques jours notre maladie et souhaitons nous de bonnes fêtes de fin d'année et surtout formulons des voeux pour qu'ensemble nous ayions une bonne nouvelle année avec joie, bonheur, prospérité et surtout...vie!

La Camargue est entrée dans l’hiver. L’air est pur, translucide, glacé et brûle un peu la gorge mais le soleil éclaire tout d’une lumière magnifique.
Dans les prés, sur les marais, les chevaux, les taureaux, cherchent les flaques de soleil pour rêver au printemps qui leur paraît soudain si loin. Le grand héron gris, fidèle à son poste de pêche sur l’Iscle n’a plus les pieds dans l’eau…il pêche depuis la berge, le cou un peu plus tendu, le corps un peu plus incliné.
Le faucon pèlerin de la tour brisée regarde avec une concupiscence paresseuse les derniers étourneaux qui, en bandes désorientées hésitent à partir plus au sud en décrivant d’interminables et désordonnées boucles aériennes.
Les ibis blancs ont remplacé les mouettes sur les labours et arrachent aux pâtures les derniers insectes qui ne cherchent même plus à se réfugier dans la fourrure des taureaux ou des chevaux.
Chaque jour tandis que je fais, de plus en plus lentement, tant il y a de beautés à voir, la route qui me mène vers les chevaux, je me dis que j’ai beaucoup de chance de pouvoir en profiter et cela me paraît une protection sérieuse contre la grande faucheuse qui guette mon moindre faux-pas avec une vigilance de plus en plus attentive et obsessionnelle. La beauté fait vivre ne l’oublions pas. Tableaux, poésies, livres, sculptures, paysages, animaux, peuvent se parer de tant de beauté qu’à leur vue, à leur lecture, à leur contact, on sent un immense frisson de vie redynamiser le corps et l’esprit. Une pensée vers un au-delà indicible, ou au contraire clairement divin ? Cela importe peu du moment que cela existe et que cette alchimie se fait.

Alors, tout encore vivifié de ces visions sublimes, je voudrais vous dire que je pense beaucoup à vous tous, que votre place est dans mon cœur et dans mon esprit. Je vous souhaite de très bonnes fêtes de Noël et je formule, pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers, tous les vœux de bonheur et de prospérité que je me souhaite à moi-même avec une ardeur et une intensité que vous pouvez imaginer.
Que Michel DEON veuille bien me pardonner d'avoir plagié d'un de ses livres le beau titre "Je vous écris d'Italie" qu'il m'avait dédicacé et qui exprime si bien ce que je souhaite faire ici.
Le blog est un moyen littéraire moderne de faire connaître à plusieurs personnes en même temps les sentiments, les impressions, les réflexions qu'inspire un lieu, des gens, des instants.
Comme autrefois, la lettre envoyée à la famille regroupée pour lui donner des nouvelles d'un proche absent pour longtemps, des impressions de voyage, des recommandations attentives et tendres, le blog me permet aujourd'hui de vous dire tout ce que mon environnement me suggère.
La Camargue avec sa douceur et sa sauvagerie, ses villages tour à tour surpeuplés ou déserts, ses fêtes si païennes parfois ou si religieuses souvent, ses habitants rudes ou charmants mais toujours fiers et hospitaliers, ses lumières improbables à rendre fou le pastelliste le plus doué, sa faune que l'on croît limitée aux chevaux et aux taureaux et qui s'avère d'une richesse inouïe.
Tout cela je voudrais le partager avec vous, chaque fois que l'envie me prend un peu trop de célébrer ce que je vois ou entends.
La Camargue me soigne et cela me ferait si plaisir si parfois, ces petites lettres de Camargue pouvaient vous distraire ou simplement adoucir vos soucis quotidiens.
Alors, à très bientôt et je commence par re-publier quelques impressions.