dimanche 9 mars 2008

Tension sur la frontière!

Il y a quelques jours, le soleil de la Camargue avait décidé que l’hiver était fini et que désormais il chaufferait très fort chevaux, oiseaux et taureaux pour leur redonner éclat du pelage et vigueur.
Dans les prés, en début d’après-midi, à l’heure où ce soleil généreux est au mieux de sa forme, que la température est particulièrement douce pour ce début de mars, les chevaux se sont soudain figés de part et d’autre de la roubine.
En face, chez nos amis Mezy, Pellea la douce lusitanienne de Véronique, avait décidé qu’il était grandement temps que l’on rende justice à ses charmes. Grande amoureuse devant l’éternel, Pellea, est sans cesse à la recherche de l’hommage qu’elle estime devoir lui être rendu par tout mâle. Accompagnée de son ombre, le bel espagnol Alciro, castré depuis peu, mais qui a décidé d’entrer dans le déni de cet épisode peu flatteur de son histoire, a fort à faire pour surveiller sa dulcinée à l’œil aguicheur. À leurs côtés, mon Élégante, qui, en jument, douairière ne saurait laisser ce jeune couple sans surveillance. Il faut dire qu’à leur âge, on fait encore bien des bêtises...

Soudain disais-je, les chevaux se sont figés. Oriental mon bel arabe, fier de sa virilité stimulée par le réveil d’un printemps précoce s’est approché de la roubine et regarde Pelléa avec les yeux d’un amour sans cesse promis mais toujours différé. Aujourd’hui il veut tenir parole. À son côté Farouk, le bel arabe d’Isabelle, décidé à tenir la chandelle, car, tout comme l’Espagnol, il ne peut rien proposer d’autre.

Pellea, éperdue d’amour est toute figée d’admiration devant ce beau ténébreux dont la robe aux reflets acajou l’affole définitivement.
Oriental, tendu vers sa promise, est figé d’attente exaspérée et tend doucement son cou au-dessus de l’eau. Alciro, éperdu de jalousie regarde alternativement sa dulcinée et son prévaricateur et tend aussi son cou au-dessus de l’eau, les oreilles tellement couchées en arrière qu’elles ont disparu dans la crinière.
Élégante, inquiète, sentant l’imminence d’un drame, s’est aussi figée, mais est prête à faire rempart de son corps pour protéger une virginité qui ne veut surtout plus l’être.

La tension sur la frontière est à son paroxysme lorsque j’arrive pour vérifier une partie de la clôture perpendiculaire à la roubine. Dans l’instant je comprends et anticipe le drame. Oriental éperdu d’amour va sauter la roubine pour rejoindre la tentatrice et sera reçu par les dents d’Alciro qui n’attendent que cet instant pour laver son honneur coupé et défendre ce qu’il considère comme sa légitime propriété. Farouk encourage son compatriote de la voix et les autres chevaux commencent à galoper en tous sens tout réjouis par l’intensité du drame qui va se jouer sous leurs yeux mais sans eux. Je trouve soudain que le détroit de Gibraltar est bien étroit et qu’il est temps de faire l’union méditerranéenne…

J’interviens en poussant quelques onomatopées dont je garde jalousement secret, et disperse les couples potentiellement infidèles, condamne de la voix des attitudes inadmissibles, fait retomber la tension sur la frontière reconstituée dans son principe et dans son esprit.
Espagnol et portugaise repartent plus loin vers le petit lac, les arabes retournent tondre quelques joncs et Élégante, si fière de son maître, part en me faisant un petit salut la tête haute en se félicitant que l’ONU, dont je suis, à ses yeux, l’incarnation vivante, fasse si bien son travail.
Ouf, on l’a encore échappé belle !

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