que derrière, il y a un long chemin herbeux qui semble ne jamais devoir finir. Il y a donc cette irrépressible envie de pousser le cheval dans ce chemin pour aller…jusqu’au bout…du marais ? Etre soudain bloqué par une roubine à la soi-disant nécessité agricole ? Ou par une grille lourdement cadenassée derrière laquelle on voit le joli sentier herbeux continuer indéfiniment et avec une certaine insolence…
La jument est un peu fatiguée. Voilà plus d’une heure et demie que nous sommes partis. La voiture est certes légère pour notre « Elégante » qui toise son 1m70 et pèse quelques 700 kilogs. Mais elle manque un peu de forme. Elle n’a pas travaillé régulièrement depuis plusieurs mois et nous venons de faire quelques 5 kilomètres de goudron et d’asphalte ce qui n’est pas très confortable pour ses pieds nouvellement chaussés de fers neufs.
Nous l’avons ramené dans l’univers magique des Mézy, tout près d’Aigues Mortes et désormais tous les matins je peux lui prodiguer tous les petits soins dont un cheval a besoin pour être et rester en bon état. Elle est heureuse de la compagnie de deux ânesses qu’elle a adoptées compte tenu de l’attitude peu amène des autres chevaux présents sur le site.
Elle est heureuse, on le voit chaque jour. Elle vient spontanément chercher le contact et semble toute enjouée chaque fois que nous l’attelons.
Voilà pourquoi nous ne prendrons pas ce joli chemin à l’issue hypothétique…
Nous continuons entre les vignes et le canal, sur un communal heureusement préservé qui mène au fort de Pecais que vous ne verrez sans doute jamais car les salins du Midi l’ont abusivement isolé par d’énormes fossés impossible à franchir. Encore un morceau de patrimoine, déclaré monument historique que nous ne verrons plus. C’est comme le petit morceau de paradis qui doit se cacher au fin fond de ce chemin…personne ne le verra.
Elégante trotte maintenant gaiement sur le chemin de terre battue et adoucie par les fortes pluies d’avant-hier soir. Un son grave et doux qui n’effraye nullement les animaux du marais. Un ragondin nage à nos côtés pressé vers quelque destination de lui seul connu tandis qu’un peu plus loin le plus grand héron blanc que j’ai jamais vu guette un poisson dans un trou d’eau peu profond. Le soleil éclaire tout cela d’une lumière rendue encore plus pure par le vent de nord ouest qui souffle doucement. L’heure avance et nous ne voudrions pas rentrer à la nuit.
Elégante exécute un demie tour dans un mouchoir de poche digne d’une épreuve de maniabilité de haut niveau et nous repartons vers Aigues Mortes. A refaire un peu plus tôt dans la journée ou peut-être en emportant un pique nique que nous prendrons dans cette immense plaine qui longe l’étang de l’Arameau. Nous y reviendrons quand les eaux feront de cette plaine un no man’s land dans lequel on ne sait plus où est la mer, l’étang, et où l’on suit le chemin en se référant aux poteaux téléphoniques qui deviennent le pointillé aérien d’une carte incertaine d'un territoire sans cesse renouvelé.
Le soleil s’est couché alors que nous finissons le dernier kilomètre. Déchirement du ciel entre un reste de bleu pur, une touche de bleu nuit qui s’élargit doucement et un dernier cri de rouge sang d’un soleil qui part réchauffer d’autre contrées.
Il fait frais maintenant. Dételer ainsi à la nuit tombante est un peu triste. La jument plonge avec reconnaissance son nez dans un seau de carottes bien méritées, puis après quelques bouchées gourmandes s’évanouit sans se retourner dans la nuit qui est maintenant tombée.
Bonne nuit Elégante, merci pour ces heures de magie que nous avons pu savourer sur le siège de la voiture. A demain pour de nouveaux soins et/ou de nouvelles aventures.
jeudi 20 septembre 2007
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1 commentaire:
c'est magnifique, je peux retourner au turf l'esprit plus...
enfin mieux quoi!
merci fredo à +
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