lundi 17 septembre 2007

pour vous parler de la corrida du 16 septembre à Nimes.

Temporada, paseo, sorteo, afficion, que des mots…Il est 18h24, la chaleur est forte malgré la brise, le soleil décline triomphalement et teinte d’or les pierres des arènes de Nîmes. La Musique entame, en sourdine, une musique élégante, pour une fois, légère, sophistiquée comme si elle ne voulait pas gêner mais plutôt magnifier la rencontre. Jose Tomas avance à tous petits pas vers Ingles, magnifique taureau qui lui avance aussi vers Jose Tomas à tous petits pas. Ils sont au même rythme, syncrones, étranges, envoûtants...

Il y a dans ce face à face, dans cette rencontre inévitable du troisième tercio, celui de la muleta, une infinie grandeur. Le maestro et le toro n’en sont plus aux techniques d’approche ou de recherche. Ils se connaissent, ils se sont jaugés, ils savent ce que vaut l’autre et ils ont tous les deux l’intention de montrer qu’ils vont triompher. Il y a dans ces secondes qui précèdent le début d’un ballet de tragédie, toute l’intensité et la beauté de la course de taureau, il y a là, la quintessence de la corrida.

Nous sommes tout à fait en haut des arènes sur le mur d’enceinte du cirque romain ; « No hay billetes » Nous les avons achetés à un revendeur à la sauvette. J’avais peur en étant si haut, si loin, d’être privé de l’émotion… Malgré moi, j’ai les yeux embués, deux êtres encore vivants marchent l’un vers l’autre au son d’une musique à peine murmurée par des musiciens eux aussi inspirés, puis des larmes coulent de mes yeux car tout est si intense que malgré l’issue fatale pour l’un des deux protagonistes, c’est un hymne à la vie, au courage, à la vérité, à la sincérité qui se matérialise sur le sable chaud de la plazza.

Certains pleurent en écoutant Dinu Lipatti jouer Chopin, d’autres en regardant une aquarelle de Marie Laurencin, moi je pleure en regardant un instant de vie se mouvoir au ralenti, magnifié par la couleur, la musique et l’absolue sincérité des acteurs.

Quelle après-midi ! Denis Loré à son premier taureau a été un excellent «ouvrier» faisant bien son travail et même avec une certaine inspiration.
Puis le jeune Joselito Adame a enthousiasmé les arènes avec des passes lentes, étonnantes de maturité chez ce jeune homme de dix-huit ans qui a pris son alternative, il y a à peine une semaine, en Arles. Puis c’est l’immense Jose Tomas qui avec ce premier taureau va faire une faena de toute beauté, comme sculptée dans la matière du temps et de l’espace.

Les deuxièmes taureaux ne seront pas aussi bons sauf pour Denis Loré qui fera un final éblouissant ponctué par une épée indiscutable. Il arrête après dix sept ans de carrière. Il fait couper sa colleta et sort sur les épaules d’une foule d’amis tout joyeux de cette issue heureuse. C’est aussi un moment d’intense émotion et l’on ressent le soulagement du torero qui n’aura plus jamais à avoir peur, les dimanches, en mettant son costume de lumière.

Jose Tomas avec son deuxième taureau va encore ralentir le rythme et ses passes seront si lentes, si parfaites, si épurées que le taureau par, son peu d’ardeur à charger les rendra un peu ennuyeuses. La perfection a besoin d'un peu de brio.

Enfin en lutin joyeux reviendra Joselito Adame qui réveillera les arènes en posant lui-même les banderilles, puis les mettra debout en commençant sa faena de muleta avec brio, imagination et fantaisie. De longues minutes d’applaudissements scandant «torero, torero, torero» viendront saluer une épée foudroyante digne des maestros les plus chevronnés.

Huit heures et quart, Isabelle et moi commençons notre longue descente vers la sortie. Il n’y a rien à dire. Nous venons d’assister à des moments passions, savourons les en silence et marchons, main dans la main, vers la voiture qui va nous ramener vers notre querencia d’Aigues Mortes.

7 commentaires:

athos a dit…

je suis une aficionados de corridas a cheval depuis des annees et de lire ce joli commentaire sur la camargue et son ambiance si particliere m a fait chaud au coeur quoique l integration dans cette camargue si orgueilleuse et si "speciale" pour moi ca a toujours etait de vibrer dans les arenes pour cette passion si prenante la corrida a cheval quand elle est pratique avec tout l art qu elle implique et une pure merveille cher frederic merci de m avoir remis en memoire de si beaux souvenirs margaret (la ptite femme de jean claude denys)

Frédéric a dit…

Chère Margaret, merci de ton si gentil commentaire. Je partageais ta passion pour la corrida à cheval jusqu'à la reprise de Marie Sara. Il n'y a aujourd'hui pls aucun respect des valeurs de cet art équestre ni plus aucun respect du taureau. Les cornes sont enrobées dans des manchons en cuir, on termine la corrida par les forcados qui humilient mle taureau et l'in finit par abattre le taureau dans le torril avec un mandrin de boucher. Quant aux cavaliers bon nombre se font toucher le cheval, voire bousculer. Seul pour l'instant Pablo Hermozo de Mendoza donne un spectacle digne pour cavalier, cheval et taureau.Sans doute aussi Patricia Pellen avec qui j'ai fait un stage d'équitation mais que je n'ai toujours pas vu "en live" en corrida. Alors je n'y vais plus car je ne veux plus cautionner une mascarade qui finira par relever du taureau piscine...A bientôt j'espère sur des sentiers herbeux doux aux pieds de nos chevaux. Fais mes amitiés à Jean Claude.

catherine a dit…

Oh, oui, merci,Fred, de nous faire partager la Camargue! Tes tableaux sont si évocateurs qu'on y est, qu'on voit et qu'on comprend ta passion! Je ne connaissais pas du tout, je commence, c'est très beau!
Ta cousine

peneloise a dit…

mais qui c'est ce fameux dinu lipatti???

peneloise a dit…

le camargais partage avec le toro d'etre un animal grégaire.On voit ici que l'instinct se le dispute à l'intelligence au détriment évident de l'un des deux.
Signé par un allergique à la corrida, a part la musique,pardon MUSICA!!!

philipperenard a dit…

Cher Monsieur Sécrétan; je ne suis pas un amateur de corrida, mais bien atteint d'un cancer, sujet de mon commentaire; pour faire court : médecin omnipraticien, Belge, 49 ans, je me pose la question: mon traitement au GLIVEC Novartis(Imatinib 400 mg), vaut-il le prix qu'il coûte à la communauté (15000 € pour 6 mois, renouvelable) lorsque cette somme correspond à un espoir de guérison pour 500 lépreux ou 200 tuberculeux ACTIFS dans le tiers-monde? ceci n'est pas une provocation, mais un sujet de réflexion, prenez mon intervention comme telle. Je me rends bien compte que j'ouvre une perspective éthique abyssale. Je propose d'offrir (en toute discrétion) 7 mois de ce traitement à l'une de vos connaissances qui en aurait plus besoin que moi.
J'attends votre réponse ou votre coup de téléphone:
Philippe Renard
37, Av Huart-Hamoir Bte 10
B-1030 Bruxelles
Belgique
00322428253( attention, je suis presque aphone, merci de laisser un message )

philipperenard a dit…
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